Époques
« Points fixes dans le temps, servant de points de repère ou de départs.»
(Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales)

DES POINTS FIXES


Conversations en milieu gériatrique.
Pauline Weidmann
Lucie Lintanf
Robin Mercier
Sur une invitation de la Fourmi-E
A l’EHPAD de Maël Carhaix




J’ai reçu un jour, l'invitation d'une association dite de médiation , à venir vivre un mois durant, au sein de la maison de retraite de Maël-Carhaix, dans les Côtes-d'Armor. Par le fruit de dispositifs de redistribution et grâce à l'histoire de quelques mouvements libertaires, rien n'était attendu, au-delà de cette présence, ce bousculement éventuel ou ce courant d'air.
L'invitation était toute dédiée, belle et franche.
J'étais, à ce moment-là, emprunte de la question du foyer, moi même itinérante et sans point fixe, à l'écriture d’Époques, une pièce sur les fondements du chez-soi. Il était, de ce fait, opportun de rester quelque part, de poser ces questions à un groupe sédentaire et de jouir des services d'une localité. J'ai donc passé ce temps, entre chaises, fauteuils et lits, à l'écoute des gens et le regard posé sur cette organisation sociale. Je me suis aussi occupée de ma voiture, j'ai envisagé, là encore, une installation immobilière et j'ai interrogé, souvent, ce que je pouvais bien faire là.  Peu à peu, des lignes se sont dessinées, entre ici et ailleurs comme un peu partout, par le récit et avec la musique on s’est demandé chez qui on était au juste, ici.
C'est Erwann Babin qui m'a invitée comme ça. Ensuite, pour réfléchir à l'institution, au corps, à ce qui fait nos maisons, il y a eu la présence précieuse de Lucie Lintanf et de Robin Mercier avant, pendant, après. Lucie est venue habiter avec moi chambre 203 la dernière semaine pour  qu’ensemble, nous trouvions la forme à donner, au milieu des vieux. Robin a entretenu, du début à la fin, une correspondance à l’adresse de cette « maison » qu’on appelle Ti Maël, pour réchauffer, ou Ehpad, pour administrer.
À la Fourmi-e, organisation invitante, les conversations avec Anne Da Silva et le soutien quotidien de Cynthia Guillot ont, autour, permis à ce temps de prendre consistance.
Cette édition, du dedans au dehors, relate en mots l’expérience d’un mois dans cet espace clos aux noms multiples.

Là-bas, le rythme continue de battre, à la cadence régulière des jours et des nuits d’une centaine de personnes, chez eux, dans leurs habitudes.
Habitats de fortune.



“Dîner encore seule et de loin.

Voir Josée donner un yaourt à sa poupée en pleurant.
En voir une s’étouffer avec la salade.
Manger les samossas et un petit plat de laitue à l’échalote que le cuisinier m’avait fait à part. Après le dessert, je finis par parler bouquins avec Annick, debout, elle me balance quelques dossiers sur les résidents.
On se quitte, voilà, bonne nuit.”